
Mont-Blanc
Réserve naturelle des Aiguilles rouges

Samedi 30 juin – 2 :40 du matin : « décollage » rapide, destination Chamonix… Je salue François qui me répond dans un demi-sommeil : « Salut Dad, bonne chance ! », puis D. sur le pas de la porte du Colombier… « A bientôt, sois prudent ! ».Il fait relativement doux sous une voûte laissant filtrer quelques étoiles. Cinq minutes plus loin, quelque part sur la rocade nord de Coutances, je prends toute la mesure de cet engagement pris aux antipodes de cet été 2012, vers le 1er de l’an… Côté préparation physique : sur un laps de temps de six mois, 3 heures de musculation + 2 heures d’endurance hebdomadaires dans mes bagages ; côté mental : quelques fiorettis émanant de sources sûres… qui vous donnent à croire que la vie est un peu ce qu’on attend d’elle ! Un coup d’œil dans mon rétroviseur intérieur achève de me rassurer sur l’issue de ce défi personnel : sur la banquette arrière « trône » toute la logistique propre à propulser un randonneur sur 3 semaines de sentiers ! Vers 6 :30 du matin, Paris-ouest en léthargie m’ouvre la voie « royale » de l’autoroute A6. Circulation fluide jusqu’à l’entonnoir de Beaune, où confluent bon nombre d’estivants en provenance de l’Europe du nord, changement de cap à Mâcon après 2 heures d’ « accordéon », direction les Alpes du nord par l’ « A 40 » (autoroute blanche…). Après les quelques ralentissements d’usage en cette période de l’année (travaux sous tunnels et viaducs !), la vue s’ouvre sur la gauche en direction du genevois. Le paysage ne se transforme véritablement que quelques 30 kms avant d’arriver à destination. Longtemps poursuivi par un décor de Préalpes calcaires, les grandes Alpes montrent enfin leur vrai visage, dévoilant soudainement la chaîne du Mont-Blanc. Il fait à peu près dans les 33°C en vallée quand j’aborde Chamonix vers les 15 :00, les plus hautes cimes d’Europe se confondent dans la masse orageuse des cumulus. Arrivé à hauteur du glacier des Bossons, une flèche à droite m’indique la direction des « Pèlerins d’en haut ». Je stationne ma voiture sur le parking de l’auberge de jeunesse. La réception est fermée jusqu’à 17 :00, je descends à Chamonix-centre, histoire de faire connaissance avec la célèbre station haut-savoyarde. Remontée aux « Pèlerins d’en haut » vers 18 :30. On me donne un numéro de chambre, le 23. Docile, je sors du coffre de la voiture juste de quoi passer la nuit et me rend à la porte de mon premier « bivouac » : la porte s’ouvre sur un capharnaüm inouï… je pose mon bagage sur l’un des 2 lits superposés, au milieu d’un fouillis de vêtements, de godasses, de victuailles de toutes sortes (volaille comprise) jonchant les 9 m2 de cet espace normalement destiné au couchage ! Une odeur âcre (et irrespirable !) m’inflige de quitter ce vase clos sous peine d’asphyxie… Au moment de quitter la « piole », surgit de l’un des lits suspendus, tel un spectre sorti de nulle part, un homme me déclarant dans un anglais approximatif qu’il vient de faire la sieste ! De nationalité japonaise, il tente de me faire comprendre que la chambre est aussi occupée par 2 de ses congénères : je lui tire instantanément ma révérence et file tout droit à l’accueil, décidé à trouver une autre crèche où passer la nuit… Quitte à dormir à la belle étoile ! Les prévisions orageuses me ramènent à la chambre 19 et ses 3 randonneurs suisse, un palace en comparaison avec la caverne d’Ali-Baba découverte qq instants auparavant. Ouf, je peux maintenant ressortir, l’esprit apaisé… La première personne croisée du regard m’inspire une parole : « Euhh, est-ce que vous êtes là pour le stage de formation ? » « Oui, tout à fait ! ». Une fois faites les présentations d’usage, je m’aperçois qu’il s’agit d’André… qui n’est autre que la personne appelée (au hasard de la liste des participants fournie par le CDRP 74) la veille au soir pour échanger sur la liste du matériel… Mario nous rejoint bientôt, et nous décidons de poser nos plateaux repas dehors, non sans avoir refroidi nos moteurs d’une bière pression !
Il fait relativement doux sous une voûte laissant filtrer quelques étoiles. Cinq minutes plus loin, quelque part sur la rocade nord de Coutances, je prends toute la mesure de cet engagement pris aux antipodes de cet été 2012, vers le 1er de l’an… Côté préparation physique : sur un laps de temps de six mois, 3 heures de musculation + 2 heures d’endurance hebdomadaires dans mes bagages ; côté mental : quelques fiorettis émanant de sources sûres… qui vous donnent à croire que la vie est un peu ce qu’on attend d’elle ! Un coup d’œil dans mon rétroviseur intérieur achève de me rassurer sur l’issue de ce défi personnel : sur la banquette arrière « trône » toute la logistique propre à propulser un randonneur sur 3 semaines de sentiers ! Vers 6 :30 du matin, Paris-ouest en léthargie m’ouvre la voie « royale » de l’autoroute A6. Circulation fluide jusqu’à l’entonnoir de Beaune, où confluent bon nombre d’estivants en provenance de l’Europe du nord, changement de cap à Mâcon après 2 heures d’ « accordéon », direction les Alpes du nord par l’ « A 40 » (autoroute blanche…). Après les quelques ralentissements d’usage en cette période de l’année (travaux sous tunnels et viaducs !), la vue s’ouvre sur la gauche en direction du genevois. Le paysage ne se transforme véritablement que quelques 30 kms avant d’arriver à destination. Longtemps poursuivi par un décor de Préalpes calcaires, les grandes Alpes montrent enfin leur vrai visage, dévoilant soudainement la chaîne du Mont-Blanc. Il fait à peu près dans les 33°C en vallée quand j’aborde Chamonix vers les 15 :00, les plus hautes cimes d’Europe se confondent dans la masse orageuse des cumulus. Arrivé à hauteur du glacier des Bossons, une flèche à droite m’indique la direction des « Pèlerins d’en haut ». Je stationne ma voiture sur le parking de l’auberge de jeunesse. La réception est fermée jusqu’à 17 :00, je descends à Chamonix-centre, histoire de faire connaissance avec la célèbre station haut-savoyarde. Remontée aux « Pèlerins d’en haut » vers 18 :30. On me donne un numéro de chambre, le 23. Docile, je sors du coffre de la voiture juste de quoi passer la nuit et me rend à la porte de mon premier « bivouac » : la porte s’ouvre sur un capharnaüm inouï… je pose mon bagage sur l’un des 2 lits superposés, au milieu d’un fouillis de vêtements, de godasses, de victuailles de toutes sortes (volaille comprise) jonchant les 9 m2 de cet espace normalement destiné au couchage ! Une odeur âcre (et irrespirable !) m’inflige de quitter ce vase clos sous peine d’asphyxie… Au moment de quitter la « piole », surgit de l’un des lits suspendus, tel un spectre sorti de nulle part, un homme me déclarant dans un anglais approximatif qu’il vient de faire la sieste ! De nationalité japonaise, il tente de me faire comprendre que la chambre est aussi occupée par 2 de ses congénères : je lui tire instantanément ma révérence et file tout droit à l’accueil, décidé à trouver une autre crèche où passer la nuit… Quitte à dormir à la belle étoile ! Les prévisions orageuses me ramènent à la chambre 19 et ses 3 randonneurs suisse, un palace en comparaison avec la caverne d’Ali-Baba découverte qq instants auparavant. Ouf, je peux maintenant ressortir, l’esprit apaisé… La première personne croisée du regard m’inspire une parole : « Euhh, est-ce que vous êtes là pour le stage de formation ? » « Oui, tout à fait ! ». Une fois faites les présentations d’usage, je m’aperçois qu’il s’agit d’André… qui n’est autre que la personne appelée (au hasard de la liste des participants fournie par le CDRP 74) la veille au soir pour échanger sur la liste du matériel… Mario nous rejoint bientôt, et nous décidons de poser nos plateaux repas dehors, non sans avoir refroidi nos moteurs d’une bière pression !

Dimanche 1er juillet – Ca y est ! Cette formation -tant attendue- va démarrer. Je caressais ce projet depuis mon passage dans les Monts d’Arrée en juin 2004, où l’occasion m’avait été donnée de passer mon brevet fédéral d’animateur de randonnée pédestre. De tout temps la montagne a exercé sur moi une fascination de l’ordre du surnaturel. Ma première véritable expérience en la matière fût de quitter mon « sweet home » à l’âge de 17 ans, l’espace d’une bonne semaine pour faire le tour… du massif du Mont-Blanc ! Cinq copains, tous originaire de la même petite ville située à la porte des Flandres…le plat pays par excellence !! Comme quoi notre inconscient a de la mémoire… Nous voici maintenant à quinze réunis dans cette salle de cours située au rez-de-chaussée de l’auberge, l’heure H de ce stage de formation « UV montagne », au pied du toit de l’Europe ! Les présentations faites, j’ai vite fait de réaliser que je suis le seul candidat en provenance d’une région de plaine (bien qu’ayant vécu 4 années en Provence), « PACA », Rhône-Alpes, tous les collègues que je découvre à l’instant-même font état de leur palmarès : chaîne des Alpes, Népal, Rocheuses, Atlas, etc… Le menu est rapidement évoqué : en entrée, 3 jours d’ateliers (Chamonix, Saint-Gervais), en plat de résistance, 3 jours d’itinérance dans le massif des Aiguilles Rouges… en guise de sortie, 24 heures de bilan avec le résultat des courses à la clef ! Nous attaquons par les rappels de carto & d’orientation le matin : pas trop « déboussolé » en ce qui me concerne... malgré le manque de fraîcheur de mes derniers acquis en la matière (2004…compensé par toutes ces sorties estivales et hivernales dans les Alpes du sud…) ! Repas très savoyard servi dans la salle à manger de l’auberge vers 13 :00. Nous mettons le cap vers le col des Montets pour une visite en règle de la Réserve Nationale des Aiguilles Rouges l’après-midi… Découverte du milieu montagnard sous une pluie d’orage soutenue… ce qui nous donne l’occasion de goûter à une animation axée sur la faune sauvage, à couvert. A l’intérieur de la Maison de la réserve, une jeune guide-nature nous brosse le portrait de tout ce qui constitue le potentiel « à poil » et « à plume » du secteur ! Deux heures plus tard, nous arpentons le sentier d’interprétation sinuant entre sources, blocs de granite, forêt clairsemée de pins cembro et son cortège de fleurs multicolores. Redescente à Chamonix, tartiflette oblige ! Reprise des cours de topo et orientation le soir, en salle.

Lundi 02 juillet – Atelier cordages au mur d’escalade de Saint-Gervais : sous un ciel encore grincheux nous abordons la sécurisation des passages difficiles en randonnée. Gérard et Jean-Jacques nous concoctent 2 ateliers distincts sur le même site : sous la houlette de Gérard, est équipée une voie en biais (et en dévers) ancrée sur un rocher situé à une distance d’une cinquantaine de mètres vers l’amont. Il s’agit de grimper équipé d’un baudrier de fortune (sangle), d’un mousqueton et d’un casque, en étant assuré en relais par le collègue nous précédant ; la descente s’effectue dans les mêmes conditions…Quant à Jean-Jacques, il se trouve posté un peu plus haut en sous-bois : la corde est « vachée » à un arbre corpulent, le tout destiné à assurer la descente de profil d’un randonneur sur une pente estimée à 30%, la corde passée derrière soi, sous les bras. L’atterrissage sur le plancher des vaches est un peu hasardeux de par le petit ressaut rocheux affleurant dans le bas de la pente: réception sur le postérieur pour Mario, Alain, Christine et d’autres encore ! Nous entamons ensuite la partie secourisme, avec jeux de rôle à la clef. Gérard et Jean-Jacques se prêtent avec aisance au rôle de victime… Retour au bercail, fourbu mais content !! Premiers travaux de préparation de l’itinéraire (circuit en boucle dans les « Aiguilles Rouges ») le soir en salle (points de chutes, azimuts, distances, feuille de marche…). Je partage la chambre avec Mario et Alain, nous échangeons quelques mots avant l’extinction des feux vers 23 :30…

Mardi 03 juillet – Atelier « physiologie de l’effort en montagne » : intervention très vivante d’un médecin du sport…- Atelier « préparation de l’itinérance », poursuite du repérage de l’itinéraire sur les 2 plis IGN (Chamonix et Samoëns). Atelier climatologie et météo en montagne (très complet mais un peu soporifique sur la fin !). Nous marquons une courte pause avant de poursuivre la préparation de l’itinérance (formation des 2 demi-groupes de 6 ou 7 randonneurs, répartition de la logistique, timing…). Repas partagé vers 20 :00, on sent un léger stress monter chez les convives… L’itinérance, c’est pour demain ! Commence véritablement la mise en situation, avec évaluation continue à la clef ! Derniers réglages le soir sur le partage de l’équipement, puis concentration au plus haut point sur le contenu du sac : tente de bivouac, matelas carry ou autogonflant, duvet, réchaud, popote, 1 change complet, trousse de premiers secours, veste imper respirante, polaire, cartes, boussole, couteau de poche, cape de pluie, couvre-chef, bonnet, gants, guêtres, lunettes solaires, corde, mousquetons, piolet, sans oublier l’eau (outre d’1,5 litre) et la nourriture pour les 3 repas à venir ! Inutile de dire que le nécessaire de toilette sera réduit à l’extrême (brosse à dents, dentifrice, protection solaire, point barre !). Le poids du sac ne devant pas excéder 20% du poids de son corps (75 kgs me concernant…), ne pas dépasser les 15 kgs de charge utile ! Pas facile de transporter sa maison sur le dos ! Derniers réglages avant de passer sous la douche, il est presque 24 :00…

Mercredi 04 juillet – 6 :15 pétantes, réveil en fanfare pour les 12 stagiaires et leurs 4 formateurs… Après avoir pris le bulletin météo de la journée, les sacs à dos déposés en faisceau le long du mur de la salle de cours n’attendent plus que leurs propriétaires. La troupe s’ébranle sur le coup des 8 :30, direction la gare des Pèlerins. Vingt minutes plus tard, nous embarquons dans le petit train qui dessert toutes les stations de Servoz à Vallorcine…Nous descendons à l’arrêt de la gare du Buet/ Altitude 1330 mètres. Le temps de présenter à tour de rôle l’itinéraire à suivre, et les recommandations d’usage sur l’itinérance, et nous nous engageons vers 10 :00 (en demi-groupes) sur un sentier de petite randonnée qui nous emmènera au refuge de la Pierre à Bérard… pour la première pause de midi. Casse-croûte adossé à un rocher, non loin du refuge. Claude, s’étant fait opérer du dos récemment émet des doutes sur ses chances de pouvoir boucler les 3 jours d’’itinérance. Jean-Jacques (l’un de nos formateurs…) prend les opérations en mains, en quête de randonneurs pour l’accompagner sur le chemin de la redescente… Une dame, accompagnée de ses 2 enfants, se porte volontaire pour cette mission : si tout va bien, dans moins de 3 heures, Claude aura regagné la gare du Buet… en vallée… J’échange quelques mots avec Mario et Bernard avec qui je partage le repas. Le plein des gourdes effectué à la bouche d’un captage de source et c’est reparti ! Sac à l’épaule, chacun vérifie son azimut de départ à la boussole ; quelques instants plus tard le groupe des six serpente sur un sentier en lacet en direction du col de Salenton On aperçoit maintenant le Mont Buet (surnommé le « Mt-Blanc des Dames »…) qui nous toise de ses 3096 m. Nous franchissons une combe enneigée, en file indienne, après avoir sondé l’état de la neige avec le piolet… Nos homologues (le 2ème demi-groupe ayant suivi un autre itinéraire) nous devancent de quelques lacets. La trace du sentier se perd alors dans un dédale de roches granitiques assez abrupt. J’ai pris les devant comme « ouvreur ». Seuls quelques maigres cairns posés par ci par là, m’aident à frayer un «cap » dans cette ascension rocailleuse. Soudain, sans prévenir, s’ouvre devant nous un névé jusqu’à perte de vue. Je décide de faire marquer une pause à mon groupe, avant d’attaquer le plat de résistance de notre course du jour. Instantanément, chacun se cherche un « dossier » (en position de délestage sur un rocher…). Après avoir mis bas le sac,. fruits secs et pâtes de fruits sont les bienvenus ! Je poursuis en tête, cherchant la meilleure trajectoire. La pente va en s’accentuant et le sillon se transforme en ligne brisée de plus en plus étroite. Je m’efforce de creuser une marche à chaque pas en tapant du bout du pied dans une neige dont la croûte reste glissante. Une fois le col en vue, la trace s’infléchit à main gauche, et c’est le piolet qui prend le relais des bâtons. Jean-Jacques en profite pour nous faire voir la technique de progression lors de franchissement de névés en dévers : nous martelons la neige avec le côté tranchant du piolet pour former devant nos pieds, de petites encoches. Ainsi, il m’est donné d’emmener tout le monde au col de Salenton…il est déjà 17 :00 ! Un gypaète barbu se présente juste au dessus du groupe, dans un vol plané qui en dit long sur l’envergure de l’oiseau… Je passe la main à Mario… et nous « cavalons » maintenant dans la descente, vers les « chalets de Villy », terme de notre journée. Nouvelle combe enneigée : le demi-groupe se sépare en deux, je décide de suivre Jean-Jacques qui s’offre une belle descente en ramasse ! Nous patinons littéralement sur une neige plus que sur le versant opposé. Bonhomme + sac à dos = 75 + 15 = 90 kgs, grisé par la vitesse nous avons tôt fait de nous rebrancher sur une sente en caillasse située en contrebas… Notre bivouac est en vue, un magnifique bouquetin mâle se présente sur notre trajectoire, quêtant sa pitance sans trop se préoccuper des bipèdes que nous sommes. 19 :00 : enfin, nous voici sur l’emplacement de notre bivouac de cette première journée… Le temps est à l’orage : nous décidons de monter nos tentes sans tarder, calés entre la bergerie et la grange qui lui fait face. Je repère une zone herbeuse assez plane, tout près de l’abreuvoir : en 2 tps, 3 mouvements, notre gîte d’un soir prend forme : Mario, satisfait de l’affaire, semble rassuré sur l’issue de cette première nuit d’itinérance… Deuxième opération urgente : les estomacs crient famine et il faut maintenant penser à se préparer à manger. Un coup de tonnerre retentit soudain, et nous nous retrouvons bientôt entassés dans la seule salle accessible de la bergerie, attendant que la pluie cesse. 20 :00 > les popotes et les réchauds sont tirés des sacs, la soupe lyophilisée garnie d’un reste de pain et de fromage font miracle, attendant que les boites de raviolis daignent se mettre à une température respectable ! Brossage de dents collectif à l’abreuvoir à bestiaux, et coucher vers 21 :30. Je m’empresse de trouver le sommeil avant que Mario ne se lance dans une symphonie de ronflements « en ré majeur » !

Jeudi 05 juillet : 6 :00 > premier sorti du sac de couchage, j’enfile les godasses et sors pour scruter l’état du ciel… un peu moins encombré que la veille au soir. Un bref coup d’œil vers la ligne de crête voisine, nous surplombant de+/- 700 mètres, premier objectif de cette 2ème matinée d‘itinérance. Toilette et petit déjeuner éclair après avoir démonté le bivouac, puis briefing avant le départ : Gérard (en qualité de formateur) nous fait observer que personne n’avait songé à fermer la porte de la bergerie avant le coucher, ce qui aurait pu mettre à mal le contenu de notre repas de midi ! En effet, si (par le plus grand des hasards !) le troupeau avait décidé de camper dans la bergerie, c’en était fini de nos victuailles !! Clair comme de l’eau de roche… Un compliment formulé à la hâte avant le départ : « Bravo ! Vous vous en êtes très bien tirés concernant l’installation du campement hier soir…seul bémol, on aurait aimé manger assis sur ce rebord en pierre au lieu d’y trouver toute cette quincaillerie ! »…Humm, Gérard : 2 / stagiaires : 0 !!! Bon, c’est mon « coéquipier » Bernard qui ouvre maintenant les festivités, occupé à faire correspondre l’azimut relevé sur la carte avec la réalité du terrain. Le petit groupe de randonneurs s’ébranle sur les traces de la veille, à la recherche d’un raccourci susceptible de nous rebrancher sur le GRP,.direction les Frêtes de Villy, la côte ….Nous traversons une ravine d’orage, puis, à tâtons, finissons par décider de concert d’emprunter une trace à flanc de versant… Après un départ en fanfare, nous retrouvons un sentier mieux matérialisé. Quelques instants + tard, arrivés au niveau d’un torrent en rupture de pente, Gérard me demande de dire 2 mots sur le paysage traversé : quelques mares me donnent l’occasion de parler des « locataires » potentiels de ces îlots de nature amphibies. La lecture de paysage achevée, nous procédons à une nouvelle visée sur la côte 2700, cible de la matinée… L’ascension se poursuit sous la houlette de Mario qui nous entraine en zigzags par les sentes de troupeaux vers la crête tant convoitée. Je termine le travail en contournant un repli de terrain, contournant une petite combe enneigée, nous mettant de plain-pied avec la cible à atteindre… C’est l’heure du casse-croûte ! Enfin, pas tout à fait car en apéritif, il y a 2 ateliers de carto & orientation à passer avec Gérard et Jean…13 :30 : le deuxième groupe (accompagné de Jean-Jacques et Gilles.P) est en vue, nous sortons nos pique-niques des sacs à dos, alors que les nuages montent à l’assaut du Pic d’Anterne ! ¼ d’heure plus tard il faut remballer pour éviter l’engourdissement des membres inférieurs; la pluie commence à tomber… Il faut maintenant rallier le col d’Anterne (à…m). Il n’y a qu’une trace (à pratiquer en ski de rando l’hiver) longeant plus ou moins les crêtes attenantes au Pic d’Anterne. Les nuages se font plus opaques et nous nous retrouvons très vite dans la « purée de pois ». C’est Christine qui mène la barque. Nous franchissons en dévers qq névés assez pentus. Pris maintenant dans un brouillard à couper au couteau (visibilité estimée à +/- 15 mètres), nous marquons un arrêt pour faire un point : le GPS prend le relais, le temps que le brouillard se dissipe un peu. Je prends le relais ensuite jusqu’au col d’Anterne, évitant de riper sur de grosses dalles de schistes pourries… Au col, nous posons les sacs pour attaquer deux heures d’atelier « sécurité lors de la progression sur névé ». +sieurs techniques seront abordées, notamment celle du « champignon » … Piolets, cordes et baudriers de fortune… Nous abordons la descente vers notre point de chute du soir, en fond de vallée. Nous renouons avec un franc soleil en dévalant littéralement les 800 mètres de dénivelée qui nous mènent vers les 18 :00 au refuge du « Chatelet des Ayères ». La dernière heure de descente s’effectue dans une ambiance forestière (étage subalpin) très appréciée : ça fleure bon le résineux (mélèze, pins et épicéa), preuve que la cible de cette deuxième étape n’est plus très loin… 18 :00 : arrivée au refuge, nous déposons les sacs au bord d’une terrasse ombragée… Qq étirements et nous passons rapidement au vif du sujet : une commande de bières « blanche du Mont-Blanc » est déjà en route pour étancher nos gosiers assoiffés ! Jean-Jacques nous distribue un QCM à remplir sur le champ, repassant pour l’occasion tout ce qui a été vu les jours précédents ! Nous prenons possession des chambres peu avant l’heure du dîner. L’impression d’être bien calfeutrés dans un intérieur de bois brut nous procure une sensation bien agréable... Nous nous retrouvons quelques instants plus tard à savourer une assiette composée de charcuterie et de fromage savoyards, copieusement garnie de légumes. La joie se lit sur les visages, chacun y allant de ses aventures sur la journée écoulée… Couchage vers 21 :30, je partage une chambre avec Gilles et Alain…

Vendredi 06 juillet : Lever vers 6 :15, l’orage nous a surpris dès le réveil. A peine bouclé le sac, nous regagnons la salle à manger du refuge où nous attend un bon petit déjeuner. J’avale mon bol de café comme s’il s’agissait d’un dé à coudre ! Le point est fait sur le pas du refuge, sac à l’épaule, cap sur les lacs de Pormenaz. Alain prend la direction des opérations en mains. Nous traversons bientôt un frais vallon, à la file indienne, par un gué aménagé au travers du torrent du Souay. Le temps reste capricieux, il nous oblige, à maintes reprises, à sortir la cape de pluie. Je scrute entre 2 averses, une perspective de sentier où grimper depuis ce fond de vallée encaissée ! L’issue de notre ascension est maintenant livrée entre les mains de passages sécurisés, à répétition… Nous sortons la tête de cette gorge abrupte au bout d’une bonne heure, avec quelques acrobaties à force de câbles et d’échelles scellées dans la roche : Ouf ! Nous débouchons dans un décor un peu surnaturel sur un plateau abritant un lac au reflet d’un ciel résolument plombé. La brume auréolant le tout de son voile de mystère. Mais le groupe des randonneurs ne met pas longtemps pour se concerter, il est déjà 13 :00 passé et les estomacs crient famine !

Enfin assis sur 1 petite plate-forme de granite, nous dévorons le casse-croûte « livré » au refuge du Châtelet… 45 minutes de pause suffisent pourtant à refaire nos forces, et c’est d’un pas décidé que nous pistons le sentier de descente aux chalets de Pormenaz. Nouvelle pause après avoir dévalé pelouses alpines et slalomé entre les affleurements rocheux. Gérard nous refait le coup de la boussole, nous alignant face à lui pour un test d’orientation en règle : sans faute pour la session 2012 ! Parfaitement rassuré sur nos capacités à ne pas perdre le nord, et moins encore le point d’orgue de cette dernière journée d’itinérance : Servoz !! Nous abordons l’étage subalpin, déboulant en trombe sur un sentier en lacets dans une ambiance forestière tout à fait suave…A 2 heures de marche de notre cible, mon pied ripe sur un caillou rond, je terminerai mon périple par une descente un peu « clopinante ». Arrivés à destination, nous attendons le train à la gare de Servoz, direction Chamonix… Pas besoin d’être « devin » pour connaître le programme de la soirée : douche ! Change ! Abreuvoir (entendez : une bonne cervoise fraîche...) ! Conversations à bâtons rompus sur ce raid dans les Aiguilles rouges, les 12 « survivants » sont affalés dans les fauteuils du bar de l’auberge de jeunesse… Les mines et les yeux rougis par les 72 heures de crapahut… « Je vous repaye une tournée ! »… Selon l’expression consacrée aux 3èmes mi-temps, l’ambiance s’enflamme jusqu’à l’heure du dîner… Chacun disserte sur les obstacles franchis, personne ne songe au résultat des courses, qui ne sera dévoilé que le lendemain en milieu de journée ! Je scrute du côté de mes plus proches voisins, Mario vante les mérites du compagnon de fortune que je fus pendant l’itinérance, Alain ne tarit plus d’éloges sur Christine… qui à son tour me lance un regard « complice »… La journée s’achève dans une atmosphère de vive amitié, les stagiaires du crû 2012 se sont mués en « compagnons de cordée » !!

Samedi 07 juillet :
Epilogue :
Nous pénétrons pour la dernière fois dans cette salle de réunion qui faisait office de salle de cours… Dernière étape de la course: « to be or not to be » ! Etre ou ne pas être accompagnateur fédéral en montagne ! Nous sommes attablés, religieusement, attendant le verdict…accrochés aux lèvres de nos 2 instructeurs ! La sentence tombe… « Hourra !!! » : quasiment tout le monde a franchi l’obstacle, je fais partie du cortège…Je me retrouve instantanément comme en apesanteur, tandis que mon esprit s’envole aux antipodes de l’hexagone, vers le far-west normand…

